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Le sport pour tous

Président: Alain KEEPEN
Rapporteurs: Alain COURTOIS et Saïd KOSE

1. Positionnement

En tant qu’opérateur actif dans le sport à titre principal ou accessoire, que proposer comme offre d’activités sportives? Et pour quel public? Qui propose quoi???

Pratique non compétitive (sport de loisirs, sport de quartier, pratique occasionnelle, sport pour tous, …)

Ce type de pratique sportive trouve idéalement sa place dans le cadre scolaire (non encadré) et à travers les mouvements spontanés au sein des quartiers. [Les infrastructures de type AGORA SPACE rencontrent un succès certain, de même que des installations plus rudimentaires, voire sauvages. Cela témoigne d’un manque apparent d’infrastructures, même légères alors que de nombreux espaces libres permettraient d’augmenter l’offre de surfaces praticables à moindre coût.

Au cours des débats est apparue l’idée d’investir dans des structures à caractère provisoire, de préférence polyvalentes ou adaptables, et qui pourraient être déplacées au gré des besoins et des espaces disponibles, parfois aussi pour de courtes périodes. (1) ]

Sport compétitif de proximité (compétitions au niveau récréatif, local ou provincial)

Ce type de pratique prend place idéalement dans le cadre de compétitions interscolaires ou inter-quartiers ainsi que dans les clubs sportifs «traditionnels» de niveau ou taille modeste. Les opérateurs socio-culturels peuvent également assurer un rôle important de relais d’information et de «leader d’opinion». Par leur intermédiaire, le sport peut en effet être réaffirmé comme moyen d’intégration et d’élévation sociale au sein de publics fragilisés.

Une augmentation des budgets transférés par les autres secteurs via des accords de coopération (égalité des chances, intégration sociale, PIC, FIPI, etc.) se justifieraient d’ailleurs pleinement.

Le culte du mérite sportif doit être renforcé tant par ces opérateurs que via le cadre scolaire. De manière générale, il est vrai que les clubs accordent quant à eux trop peu d’importance aux possibilités de recrutement via les écoles.

Le milieu scolaire peut pourtant efficacement jouer un rôle de passerelle entre la rue et le club. Il est néanmoins nécessaire de renforcer les collaborations entre les professeurs d’éducation physique, voire d’influer sur la composition des horaires, de scinder les classes en plusieurs groupes selon les niveaux sportifs et de leurs affinités pour l’une ou l’autre discipline.

Le fait par exemple de regrouper des élèves plus alertes permettrait d’augmenter l’attractivité de l’offre sportive scolaire, notamment via l’intensification des relations club-école. Bien encadrée, cette pratique pourrait provoquer une certaine émulation et favoriserait l’émergence de compétitions scolaires d’une qualité accrue et valorisantes pour le public cible.

Le pouvoir local peut avoir un rôle d’impulsion, stimulant d’une part les clubs à s’ouvrir aux écoles (recyclage et formation continuée des professeurspar des cadres sportifs des clubs ?) et les écoles à ouvrir plus facilement leurs infrastructures aux clubs par le développement d’une relation de confiance mutuelle.

Les élèves à priori moins demandeurs de «performances» pourraient bénéficier de programmes où la diversité remplace l’assiduité, augmentant ainsi les chances de susciter des vocations et de l’intérêt pour des disciplines moins «courantes» ou moins médiatiques.

Il ne s’agit en rien d’un enseignement «à deux vitesses» du sport à l’école mais plutôt une adaptation des méthodes pour tendre vers plus de cohésion au sein des groupes scolaires et vers une adéquation de l’offre face à deux types de demandes bien distinctes.

[ En termes d’infrastructures, le regroupement de ces activités en fin d’après midi (16h à 18h ou 17h à 19h) pourrait sans doute permettre de libérer des plages horaires dans les centres sportifs, tout en générant selon les cas quelques économies pouvant naître naturellement de pareils échanges - voir infra (2)].

Un bémol est toutefois à constater en matière d’hygiène, toutes les écoles ne disposant pas toujours d’installations sanitaires adaptées (manque de douches,…).

A noter, une augmentation de l’offre d’activités post-scolaires permettrait en outre d’absorber une partie du public qui est en «stand by» en rue à ces heures.

Sport compétitif de haut niveau (au niveau francophone ou national)

La revalorisation du sport compétitif scolaire peut aider au «dépistage» des talents et leur intégration dans les clubs. D’où l’importance pour le pouvoir local de l’encourager.
Plus un club ou un sportif évolue, plus la gestion d’un saut qualitatif peut avoir des implications financières lourdes (ex: des anciens «petits» clubs qui doivent tout à coup faire face à des obligations plus onéreuses: fréquence d’occupation des infrastructures, investissements à caractère obligatoires, coût des compétitions, de l’encadrement, augmentation des effectifs par effet de mode, …).
La commune devrait pouvoir compter sur le soutien des autres niveaux de pouvoir pour dégager les effets de levier nécessaires pour soutenir les structures qui se développent sainement et dont la croissance provient d’une démarche structurée laissant une large place à la formation et à l’intégration des publics locaux plutôt qu’à une recherche de la performance à court terme.

Elites (top niveau national et international)

Le niveau de pouvoir local ne peut se désintéresser du développement sur son territoire de structures susceptibles d’atteindre des sommets, et ce tant pour le sport compétitif de haut niveau qu’au niveau «Elites». Toutefois, les autres niveaux de pouvoir se devraient d’intervenir avec une part des budgets liés aux relations internationales tel que cela se fait dans le domaine culturel ou événementiel.


2. Attractivité

A côté des sports médiatiques, comment faire connaître au grand public l’offre de pratiques sportives moins «courantes»?

Comment susciter l’intérêt des médias par rapport à des sports qui intéressent moins de lecteurs, d’auditeurs ou de téléspectateurs? Et de sponsors!!!

Ici encore, le rôle de l’école peut s’avérer primordial si des synergies peuvent s’établir entre les généralistes que sont les professeurs d’éducation physique et des spécialistes en provenance des clubs.

Une commune peut aussi amplifier des initiatives citoyennes spontanées susceptibles d’augmenter la visibilité du sport de proximité. Avec l’émergence des nouvelles technologies, on voit de plus en plus apparaître des contenus rédactionnels en ligne (forums, blogs, rubriques «news»ou «résultats» sur des sites web de clubs, …). Un encadrement de ces pratiques par les autorités communales (ex: un forum officiel du sport dans la commune, un site proposant les têtes d’affiche du week-end et les résultats, …) pourrait se révéler être un outil de choix, permettant par exemple à des journalistes sportifs de récupérer des informations à moindre coût. Idem pour un opérateur de télédistribution ou une télé régionale qui pourrait ainsi alimenter son télétexte ou son canal «info». En ce qui concerne la promotion de l’offre d’activités sportives locales, ces outils peuvent également s’avérer très efficaces.

3. Financement: Comment assurer la viabilité financière d’une association sportive?

Cette nouvelle visibilité peut s’accompagner d’initiatives originales visant à rapprocher le sport de proximité et le commerce de proximité. On pourrait ainsi imaginer une gestion centralisée de la vente d’espaces publicitaires réservés aux commerçants et entreprises locales au sein des infrastructures communales (ou site web, toute boîte, hebdomadaire, etc.)

Les produits de cette vente seraient redistribués aux clubs ou réinvestis dans des infrastructures, du matériel, des formations pour cadres sportifs ou dirigeants, etc …

Est-il préférable pour un club de se financer par les contributions des membres, de compter sur des subsides ou sur des transferts émanant des entreprises (sponsoring)? Où se situe le juste équilibre?

Force est de constater que les crédits liés au sport sont bien souvent les parents pauvres du budget communal. La situation des finances locales et la batterie de règles qui prévalent à l’élaboration des budgets n’y sont bien sûr pas étrangères.

Peut-être faudrait-il mener un travail de fond au niveau régional pour qu’une proportion du budget communal (1%?) soit obligatoirement allouée au sport. L’exemple du Canada à ce titre pour la culture est à mettre en avant: 2 % des budgets des pouvoirs locaux y sont consacrés!

De quelles possibilités les clubs et associations sportives disposent-ils pour générer des ressources propres et assurer ainsi leur autonomie?

Il y a des synergies importantes à trouver entre associations sportives et entreprises. Que ce soit de grandes entreprises à travers des sponsorings structurels destinés à couvrir l’organisation d’un accueil sportif post-scolaire pour les enfants du personnel, des moyennes  via des traditionnels logos plaqués flockés sur les équipements ou par d’originales formules B to B (business seats, loges) qui peuvent même se décliner à un niveau plus modeste.

Bien souvent, les recettes de la vente de boissons se révèlent aussi être un élément crucial. Un club qui gère sa propre cafétéria disposera d’un avantage conséquent. On pourrait envisager prévoir dans les cahiers de charges des cafétérias autogérées ou autres salles de fête lors de la construction de nouvelles infrastructures.

Dans les cas où des établissements sont gérés par des concessionnaires, il est possible de prévoir dans le contrat des clauses de redistribution (produit/partage) ou de prévoir des périodes de fermeture, des organisations d’événements exceptionnels où la marge est augmentée au profit des clubs, des produits spécifiques vendus au profit exclusif des clubs moyennant un «droit de bouchon», etc.)

Dans le chef d’une commune, comment objectiver la répartition des subsides?

Un travail de fond peut être réalisé sur base d’éléments statistiques objectifs (ex ratios: nombre de jeunes de moins de 18 ans / nombre de membres,  nombre de cadres sportifs brevetés / nombre de membres, taux de rotation, taux d’habitant de la commune, constance, croissance, historique, résultats, etc.

Attention toutefois à des critères relatifs à la mixité (genres, cultures, générations, etc.) et à l’intégration de minorités. Le travail d’intégration par exemple n’est pas aussi efficace quand les minorités deviennent des majorités au sein d’un groupe (phénomène de ghettoïsation)

Il faut également tenir compte d’une évolution du profil du sportif lambda qui sera parfois moins «fidèle» à «son» sport. La tendance semble déjà gagner certaines catégories de personnes – souvent des anciens sédentaires – qui optent pour une plus grande variabilité passant du fitness au badminton sur un coup de tête avant de se laisser tenter par la natation le trimestre suivant.

Il ne faut pas négliger les structures plus généralistes qui ne fidélisent pas autant leurs pratiquants.

Enfin, certains sports se prêtent moins à la mixité des genres ou ne sont pas accessibles à certaines générations. Il faut donc être attentif aux outils et aux indicateurs que l’on met en place.

4. Infrastructures:

En région bruxelloise, le problème de la saturation des infrastructures sportives devient de plus en plus délicat.

(1) [Les infrastructures de type AGORA SPACE rencontrent un succès certain, de même que des installations plus rudimentaires, voire sauvages. Cela témoigne d’un manque apparent d’infrastructures, même légères alors que de nombreux espaces libres permettraient d’augmenter l’offre de surfaces praticables à moindre coût. Au cours des débats est apparue l’idée d’investir dans des structures à caractère provisoire, de préférence polyvalentes ou adaptables, et qui pourraient être déplacées au gré des besoins et des espaces disponibles, parfois pour de courtes périodes.]

Le prix des locations répondant naturellement aux lois de l’offre et de la demande, n’y a-t-il pas là un risque de voir les opérateurs locaux se concentrer sur des publics qui disposent d’un certain pouvoir d’achat au détriment du sport pour tous et/ou de la formation des jeunes ?

[(2) Un cadastre des salles d’écoles pourrait être réalisé et révéler le cas échéant des possibilités de désengorgement.]

En ce qui concerne le prix d’accessibilité aux infrastructures, ils seront de préférence réduits que gratuits. Ne rêvons pas, les besoins sont évalués à deux milliards d’anciens francs pour doter la Région d’un réseau d’infrastructures sportives digne de ce nom.

Les installations sont-elles assez «polyvalentes» que pour permettre un taux de rotation optimal au niveau des occupations?

On peut aussi imaginer une gestion partagée en intercommunale pour certaines piscines et des patinoires. C’est moins le cas en ce qui concerne les salles, sensiblement moins coûteuses, qui seront sans doute plus facilement «assumées» par une seule commune.

Pour éviter des situations de dégradation trop avancée, il faudra veiller à ce que la clé de répartition  nouvelles infrastructures / maintenance appliquée par la COCOF soit rationnelle.

Il faut se rappeler aussi que Bruxelles ne peut bénéficier du budget dont les provinces disposent pour financer des clubs ou sportifs représentatifs ou pour garantir certains emprunts et que la Région devrait compenser ce manque.

Pourquoi dès lors ne pas envisager de débloquer des budgets équivalent qui seraient alloués «en tournante» par groupe de 3 communes ? En une législature, on peut presque contenter tout le monde sans avoir «saupoudré» l’argent public.

5. Encadrement

Dans une matière comme le sport, l’exemple doit venir d’en haut. Une commune aurait tout à gagner d’avoir au sein de son Collège un Echevin des Sports qui soit sensible au sport, et intéressé par son développement.

Sur le terrain, l’ADEPS et les fédérations sont de plus en plus strictes et même parfois trop strictes à l’égard des «cadres sportifs» et imposent bien souvent à ces courageux entraîneurs, souvent bénévoles (ou presque) de se former au prix de nombreux efforts.

Si l’idée s’avère excellente pour favoriser un encadrement sportif de qualité, elle n’en est pas moins contre-productive pour les clubs qui peinent de plus en plus à recruter …

A l’heure où les 400.000 bénévoles du secteur sportif ont été «oubliés» dans la récente réforme du statut du bénévole, que peut-on faire pour améliorer le statut des gens actifs dans les clubs et fédérations? Faut-il exiger une dérogation sectorielle via une augmentation du plafond de défraiement forfaitaire?

Dirigeants, entraîneurs, arbitres, … Tous se trouvent aujourd’hui à la limite de la légalité du simple fait de vouloir partager ou faire partager leur passion.

Vu leur nombre, on serait plutôt tenté d’encourager l’entrepreneuriat complémentaire dans le monde du sport.

Puisque les cadres sportifs ont par leur action un effet bénéfique sur la santé de leurs ouailles, pourquoi ne pas les remercier de leur contribution à la diminution du budget de la sécurité sociale en leur proposant un régime simplifié en termes de charges sociales?

Considérant qu’aucune charge sociale n’est due par les indépendants complémentaires en deçà d’un certain résultat. Considérant également que ces bénévoles pourraient enfin déduire librement leurs frais de recyclage, de formation, de documentation, de matériel spécifique qu’ils supportent aujourd’hui sur leurs revenus nets.

Rêvons un peu: N’y a-t-il pas là un créneau porteur pour faire remonter à la surface une partie de l’économie souterraine - positive certes - mais néanmoins occultée dans les comptes nationaux!?!

 

 

 
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